Quel avenir pour Ariane ?
Aujourd’hui, grâce à sa fiabilité et sa compétitivité, Ariane 5 détient 60% du marché des lancements commerciaux.
Mais qu’en sera-t-il à l’avenir ?
« C’est pour répondre à cette question qu’en 2009, une commission composée de 3 hauts fonctionnaires, dont le président du CNES Yannick d’Escatha, a été mandatée par le 1er Ministre afin de produire un rapport sur l’avenir de la filière européenne des lanceurs spatiaux à horizon d’une quinzaine d’années » explique Jean-Philippe Dufour, sous-directeur adjoint en charge d’Ariane 6 à la sous-direction Préparation du Futur et Recherche de la Direction des Lanceurs du CNES à Evry.
L’échéance de la quinzaine d’années ne doit rien au hasard. C’est à peu près le temps qu’il a fallu pour concevoir et mettre au point l’actuelle Ariane, 5e du nom.
Ariane 5 et ses lancements doubles, ici avec les satellites scientifiques Herschel et Planck mis en orbite en mai 2009. Crédits : CNES/Ill. D. Ducros.
Et si l’on en croit le rapport remis au Premier Ministre, il est temps de préparer la relève : « Compte tenu de l’évolution prévisible du marché des lanceurs, le rapport a préconisé de lancer dès maintenant les travaux préparatoires à la future génération de lanceurs. »
Depuis l’origine en effet, Ariane a toujours marché sur 2 jambes : la 1ere, c’est assurer aux Européens un accès indépendant à l’espace. Et la seconde, c’est être compétitif afin de pouvoir financer son exploitation grâce au marché des lancements commerciaux.
Or sur ce marché se dessinent actuellement des tendances pouvant remettre en cause le modèle qui avait fait jusqu’à présent le succès d’Ariane 5, le lancement double.
Par exemple à l’été 2009, Ariane a placé en orbite, TerreStar 1, accusant 6,9 t sur la balance. Du coup, la fusée ayant aujourd’hui une capacité de l’ordre de 9 t pour les satellites, elle a dû le lancer seul.
« Les satellites prenant de l’embonpoint chaque année, on voit bien qu’il sera de plus en plus difficile pour Ariane 5 d’apparier des satellites afin de réaliser des lancements doubles » commente Jean-Philippe Dufour.
« A court terme, il faut donc augmenter la capacité d’Ariane 5 : c’est le sens du programme Ariane 5 ME, actuellement en phase préparatoire. »
Par ailleurs, si Ariane domine encore largement le marché à l’heure actuelle, la concurrence internationale est amenée à se renforcer.
Toutes les puissances spatiales, émergentes ou établies, développent en effet des lanceurs susceptibles de prendre une part de plus en plus grande du marché.
« Et avec moins de satellites à lancer, Ariane 5 aurait encore plus de mal à les apparier... »
Pour ne pas prendre le risque de rentrer dans ce cercle vicieux, il faut réinventer Ariane. Il est temps de dessiner ce à quoi pourrait ressembler cette Ariane du futur, Ariane 6.








