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Une course contre la mort

 
En mer, les manchots sont confrontés à un problème dont les données sont très simples : sachant que leur petit est entièrement dépendant de leur capacité à lui rapporter à manger, ils doivent trouver un maximum de nourriture en un minimum de temps, 10, 15 jours tout au plus. Dans le même temps, ils doivent aussi reconstituer leurs propres réserves de graisse, qui leur permettront de rester à terre pendant que l’autre membre du couple sera à son tour parti au ravitaillement. Faute de quoi, le parent et l’oisillon mourront tous les deux.

Un trajet (en rouge) de 3 mois (6000 km) au départ de Crozet, en passant par les glaces antarctiques en formation (en vert et bleu), puis les zones d’iceberg (en jaune), où les proies des manchots sont encore abondantes. Crédits : Charrassin/Bost, 2001.

Un trajet (en rouge) de 3 mois (6000 km) au départ de Crozet, en passant par les glaces antarctiques en formation (en vert et bleu), puis les zones d’iceberg (en jaune), où les proies des manchots sont encore abondantes. Crédits : Charrassin/Bost, 2001.

Si le problème est simple, la solution l'est naturellement un peu moins.

Pendant la première partie du voyage, le manchot « roule pour lui ».

Il digère tout ce qu'il attrape, reconstituant ainsi ses réserves.

Dans le même temps, il mène sa navigation en s'aidant de sortes de ronds-points maritimes naturels, les « gyers ».

Ces gigantesques tourbillons d'eau froide proviennent de là où le manchot veut aller, les zones de front polaire.



Variation de la profondeur du front polaire antarctique et recherche alimentaire des manchots royaux. Crédits : CEPE/CNRS.


Un front, c'est la ligne le long de laquelle se rencontrent 2masses d'eau d'origine et de température différentes. La masse d'eau froide, en provenance du pôle, passe sous la chaude, donnant à la zone de mélange une forme en biais.

« Le long de ce front, on constate une augmentation de l'activité biologique du fait du brassage en profondeur et de la remontée de nutriments, et l'apport d'eau froide enrichie en oxygène.

Cela va attirer le plancton, puis les petits poissons mangeurs de plancton, les poissons lanternes ».




Phytoplancton (en turquoise) observé par l'instrument Meris à bord d'Envisat. Crédits : ESA 2002

Phytoplancton (en turquoise) observé par l'instrument Meris à bord d'Envisat. Crédits : ESA 2002

Et comme nous l'avons vu, ces derniers sont le plat préféré des manchots. Le front polaire constitue donc un véritable paradis pour le manchot.

Non seulement les poissons lanternes y sont abondants, mais attirés par le plancton, il remontent à des profondeurs comprises entre 60 et 150 m, ce qui est une véritable promenade de santé pour un plongeur aussi efficace que le manchot.

Tout au long de son trajet aller, le manchot digère toujours une partie de ses proies.

Mais dès qu'il a reconstitué ses réserves en graisse, « l'estomac du manchot se transforme en un véritable chariot de supermarché » s'enthousiasme le chercheur.

Il y stocke les proies en bloquant sa digestion, selon un processus complexe encore mal compris étudié par la chercheuse Cécile Thouzeau, du CNRS Strasbourg.




Un manchot royal nourrit son poussin (Crozet). Crédits : CNRS/GAUTHIER-CLERC.

Un manchot royal nourrit son poussin (Crozet). Crédits : CNRS/GAUTHIER-CLERC.

Il peut ainsi accumuler une ration de bouillie de poissons prédigérés d'un poids compris entre 1 et 4 kg, très grasse, et très nourrissante. C'est cette précieuse cargaison dont son petit a besoin pour survivre dans les 15 prochains jours.

Le manchot met alors le cap droit sur la colonie. Grâce aux localisations quotidiennes par satellite, les chercheurs constatent alors que les manchots nagent jour et nuit, et trouvent même la force d'augmenter leur vitesse de nage.

« Pensez qu'ils sont partis d'îles dont la plus grande fait 16 km sur 12, ce qui est minuscule à l'échelle de l'océan, qu'ils reviennent en ligne droite, et qu'ils ne se trompent absolument jamais ! » s'émerveille Charles André Bost.

Pas de doute, les manchots sont vraiment des animaux extraordinaires.



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Suite de l'interview ...

 


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