Papa manchot est en voyage polaire
Mâle de Manchot royal incubant son oeuf (Archipel de Crozet). Crédits : CNRS Photothèque/GAUTHIER-CLERC Michel.
« Les manchots ont complètement dissocié leur activité de reproduction de leur activité d'alimentation » précise Charles André Bost. « Ils nichent et se reproduisent à terre, dans de vastes colonies. Mais là, il n'y a strictement rien à manger. » Alors à terre, les manchots jeûnent et vivent sur leurs réserves. Pour se nourrir, et nourrir leurs petits, il leur faut gagner le grand large.
« Un manchot Royal doit fréquemment parcourir 400 km à la nage avant d'arriver sur les zones où la nourriture est la plus abondante.
Lorsque enfin il revient à terre, au bout d'une dizaine de jours, il n'est pas rare qu'il ait parcouru en tout plus de 1000 km. »
Comment sait-on tout cela ? Grâce aux balises Argos naturellement. Toutes les 45 secondes, à condition que le manchot soit en surface, la balise émet à destination des satellites de la constellation, permettant sa localisation précise.
Cela permet de constater que les manchots sont surtout actifs le jour. Pendant la nuit, ils se reposent en surface. Mais dès que le jour se lève, le manchot enchaîne les plongées, s'éloignant constamment de la colonie pour atteindre les zones les plus poissonneuses.
« Un manchot a en moyenne besoin quotidiennement de 1 à 2 kg de poisson pour assurer sa subsistance ».
Le quotidien du manchot, c'est un extraordinaire voyage. Et ce périple en haute mer n'a rien d'une croisière d'agrément.
« Au printemps, la température de l'océan austral est comprise entre 5 et 6° C en surface, dans des mers constamment démontées. »
Localisation par satellite des déplacements en mer de deux manchots royaux au départ de Crozet. Crédits : CEPE/CNRS, 2003.
« Sur les relevés d’Argos, on constate que certains partent plus à l’est, d’autres à l’ouest, ou plein sud. Ce qui est surtout étonnant, c’est que dans un tiers des cas, ils sont capables de revenir exactement au même endroit d’un voyage sur l’autre, à 3semaines d’intervalle, à 10 km près au bout de 400 km de navigation. »
De fait, le voyage du manchot dans les mers antarctiques est une véritable course contre la montre. 400 km derrière lui, il a laissé l’autre membre du couple veiller sur le petit. S’il ne rentre pas à temps, l’oisillon mourra de faim.
Interview de Charles André Bost. Extrait du film "Espace et biodiversité". Crédits : CNES.
Pour en savoir plus
- Programme Argos
- Programme Argonautica
- Suivi des manchots royaux de l'Antarctique - La Main à la Pâte (travaux réalisés sur les manchots en classe de primaire)






