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Parés à plonger

 

La spécialité de Charles André Bost, c'est l'étude des oiseaux plongeurs, principalement manchots et cormorans du bout du monde. Mais sans qu'il le déclare ouvertement, on sent bien que, plus que tout autres, les manchots forcent son admiration. « Tous les animaux vivant dans cette région sont extraordinaires. » concède-t-il. « Mais les manchots le sont encore un peu plus... »

Les manchots sont des animaux à sang chaud vivant dans un des milieux les plus froids de la planète, et où les ressources sont inexistantes, été comme hiver. Comment peuvent-ils supporter de telles conditions ?

D'abord, « leur plumage est 2 fois plus dense que celui des autres oiseaux. 80% de l'étanchéité d'un manchot est assurée par son plumage, lissé avec les sécrétions grasses d'une glande située à la base de son croupion.



Il limite ainsi très efficacement ses déperditions de chaleur. »

Cette couche isolante essentiellement constituée d’air ne lui permet pas seulement de lutter contre le froid, mais aussi de plonger dans les eaux antarctiques glaciales à la recherche de nourriture. Et c’est là que cet animal, à l’allure un peu maladroite sur Terre, révèle son extraordinaire potentiel.
Manchot adulte au milieu de la manchotière. Crédits : CNRS, 2006.

Manchot adulte au milieu de la manchotière. Crédits : CNRS, 2006.

Les manchots raffolent de petits poissons vivant à grande profondeur, les myctophidés (du grec « mykter, » nez, et « ophis » serpent), plus couramment appelés poissons lanternes. Si vous n’en avez probablement jamais vu sur l’étal de votre poissonnier, ces poissons bioluminescents sont une manne pour les manchots.

Un poisson lanterne. Crédits : Charles-André Bost.

Un poisson lanterne. Crédits : Charles-André Bost.

« Les poissons lanternes représentent la plus grande biomasse en poissons des océans » confirme Charles André Bost. Pour l’océan austral, cela signifie que le poids cumulé de tous les représentants de l’espèce représente des dizaines et des dizaines de millions de tonnes, soit 80 à 90 % du poids de tous les poissons partageant les mêmes eaux. Bien que les poissons lanternes vivent généralement à grande profondeur, ce n’est pas un problème majeur pour les manchots.
« Les manchots peuvent rester couramment 5 à 6 min en plongée, pendant lesquelles ils descendent typiquement à 150 m de profondeur. » Mais si les circonstances l’exigent, ils peuvent faire bien mieux : « les manchots royaux peuvent descendre jusqu’à 400 m, et les manchots empereurs jusqu’à 530 m », soit plus profond que les plus performants des sous-marins nucléaires... Les poissons lanternes n’ont aucune échappatoire face au redoutable prédateur que devient le manchot sitôt qu’il a gagné la mer.
Pour autant, le plus extraordinaire de leurs exploits ne tient pas tant à la profondeur de leurs plongées qu’à la longueur du voyage que, chaque printemps, les manchots entreprennent pour nourrir leurs petits.

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Suite de l'interview ...

 

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